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17.04.2024

Et Magdalene se mit à danser …

Les prothèses redonnent mobilité et qualité de vie aux personnes amputées d’un membre inférieur.
17 avril 2024

Dans les pays pauvres cependant, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas s’en offrir. C’est ce que souhaite changer la start-up Circleg.

Circleg
En short et sans complexe. La prothèse de jambe de Magdalene Chesoli ne lui apporte pas seulement plus d’indépendance, elle lui a aussi permis de reprendre entièrement confiance en elle.

Magdalene Chesoli est née avec une seule jambe. Cette Kényane avait du mal à se déplacer avec des béquilles, qui déchiraient constamment ses vêtements. En raison de cette contrainte, la jeune femme de 38 ans n’a pas eu accès à un poste répondant à ses bonnes qualifications. Aujourd’hui, elle porte une prothèse de jambes Circleg, elle est sûre d’elle et a même participé dernièrement à une vidéo, dans laquelle elle danse, afin de démontrer qu’avec une jambe artificielle tout est possible. Quinze personnes travaillent pour la start-up zurichoise Circleg en Suisse et au Kenya. Leur produit est une prothèse de jambe légère, en polypropylène et en fibres synthétiques, qui s’adapte aisément à chaque individu. Toutes leurs pièces – l’articulation du genou, l’élément de jonction (squelette interne), le manchon et le pied – sont réutilisables. De plus, leur prothèse est abordable par rapport à la concurrence. «Au Kenya, elle coûte entre 500 et 600 francs. Des produits similaires de même qualité sont géné­ralement facturés entre 1000 et 1500 francs», ­explique Simon Oschwald. Ensemble avec Fabian Engel, ils ont eu l’idée de créer une prothèse polyvalente, esthétique et peu onéreuse, destinée aux membres inférieurs. Les besoins sont énormes: selon les estimations de l’OMS, 65 millions de personnes sont amputées d’une jambe, voire des deux.

De l’esthétisme et du sens

Circleg
Simon Oschwald (à gauche) et Fabian Engel voulaient concevoir un produit utile pour leur travail de bachelor. C’est chose faite avec leur prothèse.

Les deux entrepreneurs se sont rencontrés lors de leurs études de design à la Haute école des arts de Zurich (ZHdK) et souhaitaient concevoir quelque chose d’utile pour leur travail de bachelor. La durabilité ainsi que l’économie circulaire constituaient des notions importantes à leurs yeux. Le produit devait être composé de plastique recyclé et les pièces réutilisables afin d’éviter les déchets. En outre, malgré sa fonction orthopédique, l’objet se devait d’être esthétique. Lorsqu’ils ont présenté leur prototype en 2018, les réactions ont été très positives et les récompenses se sont succédé, du James Dyson Award au Young Researcher Award. «Ces prix nous ont encouragés et nous nous sommes donné six mois pour trouver des soutiens», explique Fabian Engel. ­Rapidement, ils sont devenus une spin-off de la ZHdK et ont été soutenus par la fondation Ikea Suisse et la fondation Gebert-Rüf, leur permettant de s’entourer de personnes compétentes. Avec l’ingénieure en biomécanique Laura Magni, l’ingénieur en mécanique Daniel Vafi et l’économiste Nicole Colmenares Pulido, ils ont fondé Circleg en 2022. L’argent des fondations leur a permis de créer une entreprise indépendante et en accord avec leurs valeurs. Ils se sont entre-temps ouverts aux investisseurs intéressés.

Les accidents souvent en cause

Circleg
Les modèles Circleg sont faciles à adapter individuellement et sont moins onéreux que d’autres produits de ce type. Toutes les pièces sont recyclables et sont assemblées directement sur place au Kenya. La couverture peut être personnalisée afin de donner à la prothèse un caractère d’accessoire.

Depuis 2023, ils ont ainsi produit 500 prothèses et une cinquantaine de Kényanes et Kényans en bénéficient déjà. Les moyens auxiliaires sont développés à Zurich, fabriqués en Europe et en Asie et assemblés au Kenya. Les clients de Circleg sont des hôpitaux kenyans employant des techniciens orthopédiques. «Ce sont souvent les accidents de la route qui sont à l’origine d’amputations.
Les motos-taxis sont très répandus au Kenya et lorsque quelque chose arrive, ce sont généralement les jambes qui sont touchées», explique ­Fabian Engel. Souvent, les moyens financiers, ou le savoir-faire des médecins, manquent pour de longs traitements permettant de sauver une jambe, de sorte que, assez rapidement, l’amputation s’impose. En règle générale, la qualité de vie des personnes amputées diminue drastiquement: elles perdent leur emploi, sont exclues de la société et, dans les régions rurales, il n’est pas rare qu’elles soient considérées comme maudites en raison de leur jambe manquante. C’est par hasard que Circleg a commencé à commercialiser des prothèses au Kenya. «Lors de nos recherches pour notre prototype, nous sommes également entrés en contact avec une entreprise de recyclage de plastique au Kenya, gérée par des Suisses. Lors d’une visite sur place, nous avons réalisé que le besoin en prothèses en plastique, bon marché et faciles à manipuler, était énorme», explique Simon Oschwald. Mais ils se sont aussi décidés pour ce pays parce que les gens y ont peu de moyens pour se procurer ne serait-ce que le strict nécessaire. Le Kenya est une démocratie installée, au bénéfice d’une bonne croissance, mais la richesse est répartie de manière très inégale. 80% de la population n’a pas d’assurance-maladie. Et dans les régions rurales, les soins de santé manquent cruellement.

Eviter la stigmatisation

A la question de savoir si d’autres fabricants de prothèses leur ont déjà fait des offres de rachat ou s’ils craignent, en raison des prix plus bas, que Circleg ne détruise leurs modèles commerciaux, les fondateurs répondent unanimement par la négative. Selon eux, il n’est financièrement pas intéressant pour la plupart des fabricants de se lancer sur ce marché, car ce ne sont pas seulement des produits et des services qui sont nécessaires, mais tout un système qui doit être repensé. Au Kenya, les soins apportés aux personnes amputées étaient jusqu’alors insuffisants.
En tant qu’entreprise sociale, Circleg ne se contente pas de fabriquer des prothèses. Les cinq fondateurs veulent rendre abordables à tous ces outils essentiels. «Nous proposons des paquets ‹Freedom of Mobility› que nous vendons par exemple à des donateurs en Suisse», explique ­Fabian Engel. Ceux-ci assurent alors pendant trois ans le traitement prothétique d’une personne amputée d’une jambe ou prennent en charge la physiothérapie et les éventuelles ­ré­parations des prothèses. Les donateurs ne manquent pas. Cependant, les techniciens orthopédistes au Kenya atteignent leurs limites en termes de capacités, mais aussi de formation. Des programmes de formation sont en cours d’élaboration avec une ONG allemande. Une autre préoccupation importante de l’équipe de Circleg est d’informer les personnes qui ont perdu une jambe quant à la manière dont elles peuvent obtenir une aide fiable. «En outre, nous voulons ­lutter contre la stigmatisation des personnes amputées d’une jambe, en menant des campagnes, via les réseaux sociaux ou par exemple via des projets de danse sur place.» C’est ensuite aux personnes telle Magdalene – qui travaille d’ailleurs aujourd’hui comme community manager pour Circleg et qui aime porter des shorts ou des robes – de démontrer que la vie peut être belle, même avec une prothèse.

Texte: Juliane Lutz
Photos: Emanuel Freudiger

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